Rencontre du dimanche 17 janvier 2016

Dans un esprit de dialogue nous avions décidé de demander à rencontrer des responsables musulmans de notre secteur. Nous étions sept du groupe de Rennes et accueillis chaleureusement avec gâteau maison.
L’objectif était de connaître la position officielle de l’Islam vis-à-vis de l’homosexualité. Les responsabilités de notre interlocuteur et ses connaissances théologiques étaient là pour nous éclairer.
• Première remarque : nous avons été reçus par une personne motivée par une telle rencontre.
• Deuxième remarque : les passages du Coran faisant allusion à l’homosexualité nous ont été lus en langue arabe psalmodiée selon la tradition et bien sûr traduits. Il s’agit, comme dans l’Ancien Testament, de l’épisode de Sodome et Gomorrhe.
La discussion porta ensuite sur l’interprétation. Notre interlocuteur nous a certifiés qu’il n’y avait pas de condamnation des personnes homosexuelles dans l’Islam, qui peuvent, par exemple, aller prier à la mosquée. Lesdites personnes condamnées à diverses peines dans la plupart des pays où la religion musulmane et sa culture dominent apprécieront.

Les relations affectives ressortent exclusivement de la vie privée et ne regardent personne.
D’où la question : et si cela « déborde » sur la vie publique, telles des manifestations visibles dans l’espace public, l’envie de se comporter comme se le permettent les couples hétérosexuels ? La pudeur doit être de mise pour tout un chacun, de la même façon qu’un couple hétérosexuel (marié on le suppose) ne marque pas son intimité, fût-ce en se tenant la main dans la rue. Pourrait-on considérer que le fait de vivre ensemble serait considéré comme une marque trop visible ?
L’ambigüité de fonds apparaît : une forme de tolérance basique, j’oserais dire minimale, n’équivaut pas à l’acceptation.

Notre interlocuteur a joué l’équilibriste.

Il ne faut pas rejeter les personnes homosexuelles. Des personnes homosexuelles musulmanes ont pourtant fait part de leurs difficultés à vivre leur vie affective au sein de la communauté musulmane. Il paraît qu’aucun musulman n’a jamais agressé une personne homosexuelle. Le fait de ne pouvoir immédiatement citer de nom ne prouve rien.

Comme dans la plupart des religions, le discours est le même : on « accepte » les personnes. Il ne doit pas y avoir de discriminations (« injustes » diront certains) mais surtout que cela ne voie pas. Je suppose que la loi sur le mariage pour tous ne doit guère enchanter les musulmans. A titre d’exemple, Notre interlocuteur, parlant d’un couple homosexuel marié qu’il connaît bien, parle d’ « ami » mais pas de « mari ». La loi est pourtant passée et s’impose à tous.
Quant à la « loi naturelle », concept commun à beaucoup de religions, évoquée lors de l’entretien, comme distinction entre ce qui est licite et illicite, contraire aux volontés divines, on peut s’interroger sur sa pertinence. Comme il existe des personnes homosexuelles dans la nature, elles sont de fait renvoyées par Notre interlocuteur, dans la catégorie des « perversions » telle la zoophilie (on a échappé cette fois-ci à la pédophilie). On appréciera l’amalgame. Il est vrai qu’on a déjà entendu cette opinion lors des manifs pour tous. Il faut reconnaître une certaine cohérence idéologique puisque l’Islam, comme l’église catholique et d’autres églises chrétiennes s’opposaient au mariage pour tous. L’égalité a ses limites. A leurs yeux, il n’y a là rien de discriminant.

Bref, si on gratte un peu, si on titille un peu, le discours « libéral » de prime abord se fissure rapidement pour faire apparaître le vieux fonds réactionnaire. Ce vieux fonds qui autorise, qui justifie au quotidien les insultes, le mépris, la mise à l’écart, les agressions ou pire. Il appartient aux Musulmans eux-mêmes de faire évoluer les mentalités au sein de leur communauté. Comme nous avions affaire à quelqu’un de tolérant, nous lui avons fait part de notre souhait de pouvoir rencontrer d’autres musulmans avec qui nous pourrions échanger.

Patrick
PS : ces propos n’engagent, comme on dit, que son auteur et par conséquent ne se présentent pas comme une synthèse des opinions du groupe.