Partage autour du thème Homosexualité et spiritualité

Comment ai-je vécu, ressenti ma sexualité lorsqu’elle s’est confrontée à ma spiritualité ? Être homo modifie-t-il ma manière de vivre ma spiritualité ? Ma spiritualité influence-t-elle ou a-t-elle influencé mon comportement sexuel ? Autant de question auxquelles nous avons tenté ou non de répondre, mais aussi où nous avons laissé dire et se dire pour partager ces deux points cardinaux que peuvent être la foi et la sexualité…
Chacun a sa lecture, chacun a son écriture de sa vie de femmes et d’hommes. Chacun a un vécu, chacun a une histoire de son homosexualité et toutes et tous nous avons dû un jour débattre avec nous-mêmes de ces deux entités. Homosexualité et spiritualité sont parfois l’envers et le revers d’une même manche que nous avons à gagner sous peine de déchirer l’un et perdre l’autre au milieu de la mêlée. Un côté yin un autre yang, les deux faces d’une pièce de monnaie qu’il est impossible de voir en même temps sans passer son temps à la contempler. L’espace d’un temps chacun de nous s’est posé pour réfléchir et se dire à soi-même et aux autres comment on peut concilier ce qui parfois paraît comme insurmontable.
D’autres s’y sont collés avant nous. Aelred, conseiller du roi d’Angleterre au 12e siècle, le bienheureux gay accepté, reconnu… enfin presque puisque finalement il renoncera à cet amour épanoui dans le corps de l’autre pour ne garder que l’acceptable d’alors dans l’amitié de l’esprit. Michel Ange, l’homosexuel toléré par les grands de la Renaissance mais meurtri par la morale religieuse au point de se figurer dans la chapelle Sixtine en écorché vif ! Verlaine, le torturé qui oscillera entre religion et oubli jusqu’à l’autodestruction. André Gide, l’homosexuel perturbé par le poids de la société et de l’Église et qui finira par la rejeter et Julien Green, homosexuel chrétien et assumé qui à ce propos affirmera ne tenir compte d’aucuns livres si ce n’est des évangiles et dont il dit ceci : « On ne saurait rien conclure d’un silence. On peut, en tout cas, limiter et suspendre son jugement. »
Des exemples il y en d’autres au masculin comme au féminin telle Alexandra David-Néel, l’intrépide voyageuse et sa liberté revendiquée en toute spiritualité tibétaine. Mais dans cette liste pour incomplète qu’elle soit on y trouve tour à tour des torturés, des cachés, des acceptés, des confiants, des distants, des affirmés.
L’échange entre nous tous a révélé chacun de ses traits vécus parfois tour à tour, acceptés ou non, dit ou non dits. « Indifférence » à la morale religieuse, c’est le mot qui est revenu le plus souvent allant jusqu’à changer de chapelle et à le refaire si le besoin en était pour ne pas ou ne plus vivre ou avoir vécu caché voire torturé, allant parfois jusqu’à la contradiction de s’affirmer tout en étant torturé au fond de soi-même.Colomba della pace
Ces parcours, ces contradictions, étonnent celles et ceux qui n’ont pas été biberonés dans les chapelles d’aucune sorte mais ne laissent indifférents. Accepter ce que l’on est dans son corps est source d’un chemin plus ou moins long selon les individus. C’est ce dont nous avons pris conscience en se parlant, mais nous avons aussi réalisé que la religion pouvait parfois le rallonger à l’infini, le rendre plus difficile encore, au point de s’en détourner pour mieux y revenir pris par ce qui fait l’essence même de nos êtres.
Oubli, rejet, indifférence peuvent alors vous envahir, mais c’est oublier que les bases fondamentales de nos fois chrétiennes, quand celle-ci correspond à notre vie spirituelle, sont comme le disait Julien Green « silencieux à ce sujet de l’homosexualité ». Ils sont bien plus que silencieux et chacun s’est retrouvé à le dire, ils sont accueil de toutes et tous dans sa diversité qui sont autant de différences.
Les plaies ont été ouvertes par les dogmes et certains livres érigés comme des paroles qui ne sont celles des évangiles mais des lois humaines périssables et ordinaires. Elles se referment peu à peu mais peuvent à tout moment se rouvrir. Cette réflexion que nous avons engagée doit se poursuivre pour dire aux tenants de ces règles que ce ne sont que des formes des us et des coutumes pour paraphraser une célèbre phrase des évangélistes qui ne sont rien moins que des codes périssables que le Christ a balayé par son amour des hommes.
Le silence fait souvent présence dans ces échanges qui furent intenses et précieux pour chacun d’entre nous. Ils nous ont dits et redits que nous n’avions pas à craindre, pas à nous repentir, pas à douter, encore moins à nous faire pardonner d’être ce que nous sommes, et l’accueil existe certains d’entre nous le vivons en paroisse et dans la vie de chaque jour. Les dogmes n’ont de valeur que celle de la finitude humaine bien loin de celle de Dieu.
Accordons plus de place au message de foi qui nous anime et donnons une place à cette prière que nous avons faite ensemble pour conclure cette rencontre entre des homos et Dieu :
Que la faiblesse, la finitude, le doute et la peur qui traversent nos vies
Nous laissent assoiffés et affamés
Abandonnant nos forces, notre confiance, nos certitudes et nos assurances
Pour confier nos vies à ton amour qui se fait offrande

Jean-Louis