Témoignages de l’homophobie ordinaire

 

Nous étions 12 réunis dans le pays de Fougères le dimanche 27 janvier, pour échanger et partager sur ce que nous avions nous-mêmes pu vivre ou être témoins en terme d’homophobie. Voici une sélection de ces témoignages qui montre que l’homophobie peut prendre des formes multiples :

Jérôme a noué une amitié avec un jeune d’une paroisse de Rennes et il décide de lui confier son orientation sexuelle. La réaction de son ami : « tue ton homosexualité ».

Une réflexion : Pour ce jeune catholique, l’homosexualité s’apparente sans doute à un péché mortel, ce qui le conduit à détruire son amitié pour Jérôme.

Dominique a une histoire d’amour avec un lycéen de son âge. Ses parents le découvrent et l’obligent à détruire une lettre de son ami sans avoir pu la lire. Dominique cache peu à peu son homosexualité au point de confier : « J’aurais pu traiter quelqu’un de PD ! »

Une réflexion : En niant l’homosexualité comme faisant partie d’une personne, on peut la pousser à se renier elle-même, jusqu’à en devenir homophobe.

François et son compagnon, ouvertement en couple, sont demandés pour être animateurs scouts. Ils sont empêchés de continuer par seulement deux responsables locaux. Ils font appels aux responsables départementaux qui leur répondent : « Si au moins vous ne l’aviez pas dit » ; « Si on accepte des homos, il faut alors accepter les drogués et les prostitués ».

Une réflexion : Une minorité qui agit en sous-main a plus de poids qu’une majorité qui dit soutenir mais ne prend pas partie.

Patrick est longtemps venu aux commémorations pour lutter contre une mémoire des déportés à deux vitesses : ceux pour lesquels les gerbes ne sont pas oubliées et les triangles roses – déportés en raison de leur homosexualité – pour lesquels il n’y avait rien. Pas un geste, pas un mot, dans les discours des politiques et des associations d’alors. « Comme s’il y avait une hiérarchie dans la qualité de déportés. »

Une réflexion : Une double condamnation d’avoir été déportés, torturés… puis sciemment oubliés par homophobie mais aussi par manque de courage de certains responsables.

Denis, prédicateur, participe à une journée de formation de l’Église Protestante Unie. La discussion dans son groupe d’échange tourne autour de la bénédiction des couples de même sexe, possible dans cette Église. Il entend dire : « Les homos on les accueille, mais on ne peut pas tout accepter non plus ».

Une réflexion : Une homophobie policée qui sous-entend que l’homosexualité serait immorale et qui ne conçoit pas que des personnes homosexuelles puissent être engagées dans l’Église.

Pierrick, lors d’une pause café, voit un des collègues discuter avec une femme pour laquelle ce dernier semble bien attiré. Un collaborateur de le prendre à part et de lui dire : « Laisse donc, c’est une gouine ».

Une réflexion : Quant le sexisme rejoint l’homophobie, l’insulte invite l’autre à ne plus la considérer comme une femme mais comme autre chose.

Isabelle, professeure dans un lycée, voit peu à peu une relation se dégrader entre deux élèves. Une ado s’affirmant en tant qu’homo est insultée par une autre : « Tu iras en enfer », jusqu’à finir par la menacer de mort. Ses camarades soutiennent la victime tandis que la direction se contente de faire juste un rappel à la loi.

Réflexion : Aujourd’hui dans les établissement scolaires, le pire et le meilleur se côtoie vis-à-vis de cette différence qu’est l’homosexualité. Il faut continuer d’œuvrer et impliquer le corps enseignant et les directions qui parfois oublient ce rôle essentiel qu’ils peuvent avoir dans ces situations.

Christophe, agent de contrôle dans une entreprise, parcourait à vélo les immenses locaux. Il croise un groupe avec son chef qui voulant faire de l’humour dit : « Tiens, c’est la première fois que je vois trois pédales sur un vélo ! »

Réflexion : Une homophobie ordinaire qui se fait aussi violente que les autres parce qu’elle est faite de propos péjoratifs, de blagues lourdes. Un aiguillon de plus qui fait suppurer une plaie déjà ouverte.

Jean-Marc n’a pas été victime d’homophobie, parce qu’il ne l’a jamais montré, parce qu’il n’en a jamais parlé, ni à sa famille, ni à son travail, ni au secours catholique où il est engagé, persuadé « qu’ils n’accepteraient pas, qu’ils ne comprendraient pas », avec le regret d’avoir caché ainsi une partie de sa vie : « Ça m’a manqué ».

Réflexion : Vivre ainsi dans l’ombre conduit à de nombreuses souffrances de ne pouvoir dire une partie de soi à celles et ceux que l’on aime, à celles et ceux que l’on côtoie.

Alain, lorsqu’il était en activité, a fait l’objet de menace par une de ses collègues qui le savait homosexuel : « je vais t’accuser d’avoir fait des propositions à mon fils ». Alain, ne sachant trop que faire, est allé à la police et un agent lui a conseillé de faire un courrier relatant ces accusations et de le faire signer par sa collègue qui s’est alors confondue en excuses …

Réflexion : La loi est de notre côté et les représentants de l’autorité peuvent faire cesser les mauvais comportement (accusations, insultes…). Encore faut-il avoir la force de les solliciter. Il ne faut pas rester seul.

Jean-Louis n’a pas subi d’homophobie directement. Mais bien plus l’homophobie subie par des camarades efféminés en primaire, au collège et au lycée, l’a conduit à se cacher et à faire comme les autres. Ce non-dit l’a conduit à cacher sa vie sentimentale, le privant de partager tous les moments forts, y compris le décès d’un proche : « Je suis devenu transparent ».

Réflexion : Pas facile de s’assumer quand on se sent fragile face aux autres et que notre différence constitue une porte d’entrée par où la meute peut vous mordre.

En Île-de-France, Claude, une femme de 81 ans est décédée en 2018. Elle était mariée à Annick. Pendant la célébration, pas un mot du prêtre catholique pour parler de Claude, de sa vie professionnelle de sage-femme, de ses engagements, de ses 48 années passées avec Annick. Et pas un mot non plus pour Annick, pas même un regard. Un discours axé uniquement sur le péché et le pardon. « Quel péché ? Qui a manqué à la sollicitude envers son prochain ? »

Réflexion : L’Évangile ne cesse de parler d’amour envers son prochain et d’attention à l’autre. Ce prêtre a-t-il réellement témoigné de l’Évangile avec un tel comportement ? Les personnes homosexuelles n’ont pas besoin de cette “miséricorde” qui traduit trop le rejet de l’homosexualité par les religions.

Le groupe David & Jonathan de Rennes a été alerté de la présence de Henri Lemay comme orateur à l’une des sessions de l’association « Debout Resplendis », connue pour ses sessions de louange. Nous avons alerté les évêques de l’Ouest sur les écrits de M. Lemay où l’on peut trouver des liens choquants entre homosexualité, pédérastie voire pédophilie, mais aussi la mention de « guérison spirituelle », de « thérapie spirituelle ». Nous n’avons reçu aucune réponse, si ce n’est que l’événement ne se passait pas dans un lieu ecclésial.

Réflexion : Peut-on dire être contre l’homophobie et ne jamais prendre position lorsque des propos outranciers et homophobes sont proférés dans un cadre religieux ?