Archives de catégorie : Échanges & Partages

Un weekend « bien être » du côté de Morlaix

Un weekend « bien être » du côté de Morlaix

Samedi dernier, je suis parti le cœur léger mais avec tous les soucis du jour accumulés et une bonne overdose d’ennuis du quotidien dans ma besace, mais je suis parti en laissant tout sur place. J’étais tout seul dans ma coquille, ayant bien du mal à partager avec les autres la chambre à air de cet œuf qui tardait à choir. On a pris la route et on parlé pour occuper le temps, mais pas seulement. On a récité nos envies, nos doutes et on a pris tout l’espace de l’attente que l’on redoute à l’idée de la rencontre, du mystère d’un temps que l’on ne maîtrise pas et d’une part de nous même que l’on confie aux autres. On fait la bise, on se sert les coudes, on s’isole derrière un livre, un mur, derrière les écrans de téléphone et l’on peine à laisser tomber le masque. On se sent perdu comme en plein vol au milieu de l’Atlantique Nord et sans boussole. La peur vous fait des rides qui vous coincent le cœur, mais n’empêche pas la parole des sourires, des mains tendues, des rires qui fusent en plein soupir et le jaune se sépare enfin de sa coquille.

Se laisser aller dans l’eau avec le bain et sans effort prendre les bulles pour des geysers, les palmes pour des radeaux et se laisser couler au fond du grand bassin comme on se laisse aller au milieu de ce qui n’est même pas une rivière. Mais qu’importe, on passe du chaud au froid et on s’embrasse du regard de l’enfance. On saute du toboggan dans la bassine, on éclabousse, on rie et on revient tout droit vers la case départ d’une vie, qui en ce jour, ne faisait que commencer.

Le groupe avait pris ses marques, prêt à bondir comme un vieux canard, prêt pour la minute de vie qui nous vaudra une étincelle d’humanité. Nous étions devenus vingt et cent à l’abordage de la cité corsaire, de ces trésors en forme de galettes, de ces histoires endormies dans un verre que l’on prend au coin du feu. Il en faut toujours un pour dire une bêtise, dix pour l’écouter et les apprendre par cœur. Délice des âneries susurrées à dix heures du soir, à dessiner des élucubrations sorties d’une tête pas comme les autres. Ne rien comprendre et raconter des sornettes, mais heureux d’être là, heureux d’en être.

Nuit courte et petit matin pris à griller les vieilles histoires qui reviennent sans cesse, les plans que l’on dresse sur la comète de cette bonne terre déjà bien malade. Instantanés de nos vies en marmelade de grenouille qui font rire le pauvre monde. Puis vient le moment magique l’instant attendu. Ces moments sont difficiles à entreprendre, difficiles à garder et encore plus difficiles à quitter. Toucher couler, toucher toucher jusqu’au tréfonds de l’âme, toucher la peau qui recouvre nos os jusqu’à la mort. Toucher ce qui fait notre lien entre le devenir et l’être. Toucher de loin d’abord, se laisser surprendre puis reprendre. Reprendre le fil de ce sens perdu parmi les grands de la vue de l’ouïe et du parlé. Toucher et se taire, ne plus rien dire que ressentir et enfin refaire. Refaire le chemin à l’envers de nos sens éteints. L’homme qui parle touche juste, là où ça fait mal, là où l’on craint, là où l’on se dit enfin… Homme bonheur qui fait rire de son mal être, homme bonheur que l’on est heureux de voir et de toucher, homme à fleur de peau.

Se quitter en plein ressort qui vous envoie entre six ou sept ciels dans un paradis que les solitaires et les importuns ignorent, car pour ressentir ce moment d’ivresse et partager ces instants de douceur, il faut être fêlé comme un œuf. Fragilité retrouvée qui vous livre à l’attention et l’intention de tout un chacun, pour ne pas finir brouillés dans une poêle à frire. La délicatesse et les silences sont des baumes qui calment les blessures enfouies et les blessures cachées. Ce n’était pas ce que nous étions venus chercher mais c’est ce que j’ai trouvé, comme un élixir sorti d’on ne sait où, qui se boit comme du petit lait et se sirote au feu de bois.

Jean-Louis

Des retrouvailles DJ et un projet associatif…21 mars 2018

Des retrouvailles et un projet associatif…

Nous étions 10 déjistes, réunis chez Marc et Anthony, qui nous ont, comme à leur habitude, chaleureusement accueillis. L’apéritif et le repas pour ceux qui n’avaient pas encore dîné, nous ont permis d’échanger sur nos futures activités mais surtout d’échanger avec Alain, déjiste ayant participé aux origines du groupe de Rennes qui nous a fait la joie de reprendre contact avec nous.

Puis nous avons partagé sur le thème d’un projet associatif en vue du prochain conseil d’administration à Paris.

Nous avons commencé par reprendre les 4 axes de la charte actuelle : Vivre son homosexualité, Vivre sa spiritualité, Vivre avec et dans son corps, Un engagement collectif dans l’action

• Pour l’un de nous, c’est les 4 à 120 %. Pour la majorité, l’axe « vivre avec et dans son corps » parle moins, en ce sens qu’il est déjà contenu dans « vivre son homosexualité ».

• La spiritualité, c’est le socle de D&J. D&J c’est en premier vivre son homosexualité et sa spiritualité, en commençant pour certains à réconcilier les deux.

• Puis vient l’engagement. Mais vaste programme, pour quel type de combat, quel type d’engagement ? Nous avons finalement répondu qu’il y a plein de manière d’être actif et qu’à D&J Rennes, nous vivons une spiritualité conjuguée à de la militance.
C’est peut-être une spécificité du groupe, car dans son ensemble, D&J n’est pas tant une association de militants mais plutôt de “consommateurs éclairés”. Les principaux militants étant finalement celles et ceux qui y prennent des responsabilités.

Ce premier temps de partage se retrouve dans le message que nous a envoyé Isabelle qui n’a pu être présente : « Je souhaite que D&J reste chrétienne, conviviale et spirituelle, et poursuive son travail en direction des Églises ».

Nous avons ensuite écouté la synthèse des réponses au questionnaire qui avait été envoyé à tou-te-s les adhérent-e-s. Nous avons trouvé bien la première page qui résume ce qu’est D&J. Pour le reste, on ne sait pas où l’on va, ce ne sont que des lieux communs qui n’apportent rien de signifiant pour un projet associatif. C’est que dans notre groupe, nous sommes plutôt tourné vers le concret !

Puis nous avons réfléchi ensemble à des objectif et des actions, dont voici le résumé :
1) Accueillir
– Accueil individuel
– Être visible et toucher une diversité sociale → par des rencontres, un militantisme qu’il soit en collectif ou réalisé individuellement
2) Vivre la spiritualité → c’est à nous d’être présent-e-s, de prendre notre place
3) Cohésion au sein de l’ensemble de l’association → par des rencontres inter-groupes ; par un thème d’année (sur 1 ou 2 ans, en lien avec le temps fort annuel des JAR et les Dossiers D&J)

Un riche échange qui redit finalement l’attachement des uns et des autres à notre association, de la fin des années 1970 à nous jours !

L’histoire d’Esther

Nous étions un bon groupe réuni dimanche 26 novembre, par un après-midi tout gris, pour écouter l’histoire d’Esther, dans l’Ancien Testament (la Bible juive), avant de prendre un goûter.

Le livre d’Esther n’est pas celui qui donne lieu le plus souvent à des lectures ou des études bibliques ; est-ce parce qu’il prend un sens bien particulier pour les Juifs ? Sens que le groupe homosexuel juif Beit Haverim (La maison des amis) a repris à son compte avec bonheur.
Esther m’était connue personnellement comme “celle qui garde le secret”. Mais elle le fait jusqu’à un certain point.
L’histoire toute symbolique nous dit qu’elle a été envoyée vivre au palais du roi de Perse, Xerxès, dans son harem. Son oncle Mardochée lui demande de ne pas révéler qu’elle est juive. Le roi tombe amoureux d’elle et la prend pour épouse. Un haut dignitaire, Haman, s’offusque un jour du fait que Mardochée refuse de lui faire des courbettes, et obtient du roi le droit de mettre à mort tout le peuple juif. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’Esther va révéler au roi qu’elle est juive, ce qui la met en danger d’être assassinée comme tout son peuple. Le roi ayant relu des annales qui lui rappellent que Mardochée lui avait sauvé la vie en le prévenant d’un complot, décide de lui accorder la vie sauve, et même de l’honorer. C’est finalement Haman qui est pendu là où devait l’être Mardochée. Premier retournement du “sort” (pour, en hébreu). Le roi donne alors le droit à Mardochée de massacrer tous les ennemis du peuple juif et de spolier leurs biens, ce qu’il ne fera pas. Second retournement.
Voilà comment un secret révélé au péril de sa vie sauve finalement tout le peuple des Juifs, sans mener à un autre massacre, même si cela ne se fait pas sans combat. Cette victoire sur la disparition programmée, sur la mise à mort d’un peuple, est célébrée lors de la fête de pourim.

Nous avons appris que le groupe juif LGBT de France s’appelait Beit Haverim, et on comprend mieux comment la fête de pourim peut devenir une référence pour eux : la révélation de leur “secret” (leur homosexualité) les met en danger, mais ils peuvent espérer qu’au contraire elle puisse sauver tous les leurs, en écartant le désir de vengeance sur leurs ennemis.
Il faut absolument regarder leur vidéo, « Les Reines de Pourim » visible sur leur site : un vrai régal !

Un grand merci aux organisateurs pour ce moment convivial et instructif, à renouveler !

Isabelle

Démarche synodale à Saint-Augustin

Après la joyeuse célébration du matin puis un repas partagé à quelques uns, nous nous sommes retrouvés à 6 de notre groupe et 16 de la paroisse Saint-Augustin pour échanger dans le cadre de la démarche synodale lancée par l’archevêque de Rennes.

Nous avions choisi comme thème « une communauté fraternelle et accueillante ». Après avoir lu quelques passages du pape François et de Mgr d’Ornellas sur le sujet, entrecoupés de chant à l’Esprit-Saint (cf. feuillet), nous nous sommes mis en groupes pour échanger. Voici le document qui résume les différentes propositions qui ont été remontées en plénière : Propositions

Ce fut une belle manière d’intégrer notre groupe comme n’importe quel groupe de chrétien-ne-s, dans une démarche autant paroissiale que diocésaine.

Denis

Attachments

Journée contre l’homophobie avec les paroisses St Augustin et réformée de Rennes

Il suffit parfois de peu, d’un rien, d’un regard, d’un échange de mots qui peinent à sortir, aidés qu’ils sont par un sourire. Cet après-midi là, nous avions préparé, bichonné ce moment que nous voulions intense et grand. Nous avions préparé ce moment avec des hommes et des femmes comme nous, tout en étant différents ! Animés que nous étions d’une foi qui se moque des chapelles et des confessions, mais qui sait où se trouve le bon sens de la vie qui fait s’animer les âmes, qui n’a que faire des différences pavées de bonnes intentions. Différents nous le sommes un peu mais avons appris à nous apprivoiser pour gommer ces différences. Celles de voir un homme avec un homme, une femme avec une femme.
Nous avons toutes et tous dit oui à l’invitation et nous avons osé, nous avons éclairé. Quelques heures, pas plus, mais cela suffit parfois à retrouver les couleurs qui pâlissent, car si le soleil ne se cache pas, les nuages s’amoncellent bien vite sous les regards inquiets qui scrutent et interrogent et peuvent se faire bien lourds derrière les ricanements et les moqueries.
Un à un, une à une, ils sont venus fidèles au poste pour certains d’entre eux, parfois jamais encore venus. Le vin et les victuailles ont envahi la table improvisée sous un soleil que n’ont jamais obscurcit les nuages, au point de nous en faire rougir, mais pas de honte : tout simplement du bonheur d’être ensemble.
Quatre situations posées et des foules de réactions interposées. Il ne fait parfois pas bon d’être homo et de se balader main dans la main. Il ne fait parfois pas bon d’avoir une allure efféminée quand bien même l’on n’est pas homo. Il ne fait parfois pas bon de raconter sa vie le matin au café quand son autre est une femme et que l’on est une femme. Il ne fait parfois pas bon de dire que l’on aime un autre à ses parents qui vous voyaient mari et femme et petits enfants au foyer familial. Autant de situations que nous rencontrons parfois sur notre route et qui vous blessent au jour le jour, qui laissent des peurs dans les regards croisés, des fuites qu’il faudrait éviter.
Les mots écrits se sont alignés les uns derrière les autres au point qu’il fallu rajouter du papier pour que chacun, chacune puisse dire. Les indignés qui veulent agir, interpeller, éduquer. Les compréhensifs qui cherchent à comprendre ce que la victime ressent mais pourquoi l’autre réagit ainsi. Il y a aussi les surpris et les prudents qui se disent qu’il faut du temps, ne rien dire trop vite, que l’on peut avoir du mal à suivre et celles et ceux prêt à embrasser ou à se battre pour que cela cesse enfin.
On peut débattre à l’infini, battre sa coulpe et se dire que l’on fera mieux la prochaine fois. Rentrer dans la coquille de ses peurs ou au contraire casser l’œuf et les plats avec. On peut aussi retrousser les manches et agir.
À la situation d’un lycéen en proie aux moqueries au motif qu’il paraît efféminé : la réponse proposé tourne autour du besoin d’une éducation à la différence, faire un travail de profondeur et sur le long terme sur les préjugés d’une société pour les désamorcer.
À celle d’un couple homo se faisant bousculer parce que main dans la main : éduquer le plus tôt possible à la différence, pas d’autocensure même si ce n’est pas toujours facile, communiquer, s’apprivoiser et quelle place, quel rôle peuvent aussi avoir les églises ?
Parler de son weekend au boulot, en paroisse… qui ne le fait pas… Mais que faire quand les autres comprennent ce qu’ils ne voulaient pas entendre : changer notre regard en parlant de ce sujet plus ouvertement. Les homos ont peut être aussi à changer leur regard sur eux-mêmes, rassurer les gens (face à une peur de blesser), cultiver une posture positive par rapport à leur homosexualité pour faciliter l’échange sur le sujet.
Annoncer que l’on aime à ses parents, quel bonheur… mais pas toujours et quand on est gay ? L’Église catholique devrait pouvoir bénir des unions homosexuelles. Les enseignants sont bridés sur le sujet… Faire connaître les associations (Contact, le Refuge, David & Jonathan, SOS homophobie, le CGLBT).
Des idées qui fusent, des convictions parfois profondes, des esprits qui cherchent à comprendre, mais surtout et avant tout des cœurs qui écoutent et qui aiment. Il fallait pour clore ce moment de vérité une prière guidée par un prêtre et une pasteur et toutes et tous en cet instant réunis. Les intentions portées par chacune et chacun sont venues fleurir un arbre mort des couleurs de l’arc en ciel dont en voici quelques nuances :
• Seigneur, nous te rendons grâce pour les paroles échangées et nous te confions les personnes en souffrance et isolées à cause de leur différence.
• Seigneur, merci pour cet après-midi qui nous aide à changer notre regard sur nos frères différents.
• Pour les parents des personnes homosexuelles, pour qu’elles ne rejettent pas ces personnes et qu’elles accueillent chacun comme un enfant bien aimé du père.
• Pour que nos différences nous enrichissent les uns les autres.
• Que l’amour de Dieu remplisse le cœur et les pensées de tous les hommes sur toute la terre, afin qu’ils s’acceptent avec leurs différences.
• Apprends à accueillir l’autre tel qu’il est et se reconnaître comme étant notre frère.
• Seigneur, aide les parents d’enfants homosexuels à comprendre qu’ils n’ont pas choisi leur orientation sexuelle et que leur amour inconditionnel est l’une des conditions de leur bonheur futur.
• Je te prie pour que plus jamais personne ne se sente exclu, rejeté à cause de sa différence. Merci de nous créer tous différents.
• Pour des personnes persécutées dans certains pays actuellement au point de mourir pour leur homosexualité.
• Prions pour que nos mots et nos gestes ne soient pas blessures et violence.

Un moment de grâce qui n’est pas dû à la chance d’une loterie de hasard mais aux souffrances et aux blessures accumulées. Un tirage qui n’a rien d’un triste sort mais un tissage d’amour, de compréhension et d’amitiés entre nous toutes et tous qui étions là réunis.

Jean-Louis et toutes celles et ceux qui étaient là présents ce dimanche 21 mai 2017.

David et Jonathan Rennes à AIDES

David et Jonathan Rennes à AIDES pour s’informer sur le VIH, un ou des virus, sur le SIDA, une maladie…

Cette maladie avec laquelle aujourd’hui on peut vivre ou survivre grâce à différents traitements. Mais cette maladie fait encore trop de ravages, touche encore trop la communauté gay. Le personnel médical est aujourd’hui bien formé et informé, le regard a aussi changé. Cependant, ces mots font toujours peur et il faut informer et répéter.
D&J Rennes est allé rencontrer Aides pour en parler. Le sida et le VIH sont des paroles que l’on égrènent comme autant de difficultés de vie, comme des vérités qu’on affichent ou qu’on cachent, des cicatrices que l’on porte parfois et qu’il est bon de dire pour démythifier et oser dire. C’était l’occasion de poser toutes les questions, que parfois l’on a peur de poser, même après des années, même en ne se sachant pas juger. Une occasion aussi d’enfoncer des portes ouvertes mais aussi d’en fermer de mauvaises. Une occasion de faire un tour de tout ce que l’on doit savoir et de redire que le préservatif reste le meilleur moyen de se prémunir de cette maladie qui n’est en rien une fatalité. Une maladie qui n’a pas de vaccin et probablement encore pour longtemps. Mais une maladie que l’on peut dépister dans tous les centres médicaux mais aussi à AIDES, avec un suivi qu’il importe de prendre en compte. Le rejet du séropositif existe encore… à en faire des rages de dents chez les dentistes ! On peine en 2017 à le croire.
Ce fut aussi un moment de vérité où chacun avance à pas feutré en faisant attention à l’autre, aux autres. Ce fut l’occasion à chacun de dire ce qui lui tenait à cœur et d’en discuter entre nous. D&J, ce sont des gays et ce sont aussi parfois des chrétiens. Les discours de l’église catholique sont forcément présents dans ces échanges et la fidélité mise en avant, nous a amené à un véritable débat d’intérêt. La fidélité porte en celles et ceux qui en font un idéal : une règle, une notion de moralité, une attitude. Et tout aussi respectable que soit cette attitude de vie, elle se dissocie totalement de la maladie qui est une réalité physique. Le Christ n’a eu de cesse de combattre cette confusion dans les esprits de ses contemporains. En associant ces deux notions, on se donne face à la maladie d’être un individu qui juge et punit. Le SIDA n’est que la résultante de virus, parasites obligatoires qui trouvent en nos cellules l’occasion de se multiplier pour survivre.

Merci Bernard d’avoir pris de son temps pour nous avoir donné et redonné ce qu’il importe de savoir sur cette maladie et si vous voulez en savoir plus : Rendez-vous sur le site de AIDES

Jean-Louis

Filiation et Parentalité

Nous étions 14 ce samedi 1er avril chez Annette, venant des groupes du Finistère, de Nantes, de Rennes et de Vendée. Ce bel après-midi a été riche en discussions, et les participant-e-s ont beaucoup apprécié de se retrouver une fois encore pour cette journée thématique et hautement conviviale, cette année sur le thème « filiation et parentalité ».

Après un rappel humoristique de Jean-Louis sur les exemples de GPA, d’adoption, de coparentalité et de PSA (procréation spirituellement assistée !) qu’on peut trouver dans la Bible, nous avons fait un tour d’horizon des positions (politiques) des principaux candidats à l’élection présidentielle sur le mariage pour tous et la filiation :

  • Emmanuel Macron ne remet pas en question le mariage pour tous, mais il a affirmé que ses opposants « ont été humiliés ».
  • François Fillon est contre l’adoption plénière, et affirme que l’adoption simple est quasi identique à la plénière (ce qui est faux).
  • Benoît Hamon est pour la PMA et contre la GPA.
  • Marine Le Pen veut abolir le mariage entre personnes de même sexe (sans démarier ceux et celles qui le sont déjà), et le remplacer par un PACS amélioré.
  • Quant à Jean-Luc Mélenchon, il est pour la PMA et contre la GPA.

TOUR DE TABLE

Un tour de table du vécu de chacun-e concernant son expérience de vie – avec ou sans enfants, par rapport à ses désirs ou non d’enfants –, fait ressortir que pour les plus âgé-e-s d’entre nous (plus de 60 ans), être homosexuel-le et parent était inconcevable (quelqu’un remarque que ce mot est en lien avec le verbe « concevoir » : intéressant !) ; à 50 ans, si cela était concevable, ça restait théorique et difficilement envisageable dans la réalité ; sauf à s’enfermer dans une relation hétérosexuelle qui a conduit à une parentalité vécue difficilement ; ou bien à vivre une forme de paternité heureuse avec ses neveux ; mais dans tous les cas à mettre à sa vie d’homo entre parenthèses.
Nous avons parmi nous un exemple de personne plus jeune (33 ans), pour qui ce projet longuement réfléchi est devenu réalité, dans le cadre d’une coparentalité à quatre (2 papas, 2 mamans, c’est très bien pour un enfant, ndlr) : désir que l’enfant connaisse son père ; rédaction d’une charte de coparentalité pour baliser pas mal de choses (valeurs, organisations, mode de garde, place des parents non biologiques) ; objectif que tout le monde partage la filiation avec l’envie des quatre ; une même charte pour les quatre parents pour tous les enfants à venir ; la parentalité paraît moins difficile par rapport aux futurs grands-parents, car on amène un « gendre ».
Certains parmi nous évoquent le non désir d’enfant à cause d’une histoire personnelle qui ne pouvait pas laisser envisager de devenir parent, mais pas forcément en lien avec leur homosexualité.
Il apparaît clairement que les homosexuel-le-s se posent plus de questions que les couples hétéros en ce qui concerne les enfants. Et que le cas de figure le plus difficile pour le parent est celui de se retrouver seul-e à s’occuper de ses enfants – mais ceci vaut pour tout le monde.
Puis nos échanges ont été accompagnés par un support sous forme de montage diapos, préparé par Denis et Jean-Louis : nous les remercions pour tout ce travail !

RÉSUMÉ DE NOS ÉCHANGES

Une évolution : Concernant le désir de parentalité chez les homos, nous sommes passés d’un « ce n’était pas concevable » à un « c’était concevable mais pas réalisable » à un « c’est réalisable et toujours le fruit d’une réflexion » pour celles et ceux qui en ont le désir.

Des problématiques qui nous concernent toutes et tous : Lorsqu’il est question de parentalité, d’adoption, de PMA et de GPA, cela suscite toujours plus de suspicion envers les couples homosexuels, alors que les problématiques sous-jacentes concernent tout le monde. Par exemple, on reproche aux personnes homosexuelles de méconnaître la notion d’altérité, dimension indispensable à la construction de l’enfant mais qui peut se décliner ailleurs qu’à travers la différence anatomique des sexes des parents. En effet, « il faut tout un village pour que grandisse un enfant ».

PMA et discrimination : La PMA avec donneur ou donneuse tiers est autorisée pour les couples hétéros, mais pas pour les couples de femmes, ni dans le cadre d’une coparentalité avec un couple de femmes et un couple d’hommes. Elle est très rarement accordée pour les couples hétéros dont l’un est transgenre. La loi ou son application est donc clairement discriminante.

La GPA nous interroge : La GPA ne nous paraît pas être la solution idéale en particulier par rapport aux mères porteuses. Comme pour tout désir, il faut interroger si sa réalisation est vraiment judicieuse pour tous. Si la GPA était envisagée en France, quels garde-fous voulons-nous ?

L’adoption, pas si simple : Juridiquement, l’adoption simple ne donne pas la même force de lien entre parent et enfant que l’adoption plénière. Il serait donc discriminatoire de refuser l’adoption plénière aux couples homosexuels. Nous constatons que l’adoption reste trop difficile pour les couples qu’ils soient homos ou hétéros.

L’enfant et ses origines : Quelle que soit la configuration familiale, nous sommes favorables à ce que tout enfant puisse connaître l’histoire la plus complète de ses origines afin qu’il puisse se représenter ses racines.

La place des parents sociaux : Nous sommes favorables à ce que les parents sociaux (non biologiques) aient un lien juridique renforcé pour le bien des enfants qu’ils élèvent que cela soit dans le cadre d’une coparentalité ou d’une famille recomposée.

TEMPS SPIRITUEL

Pour terminer cette rencontre, les membres du Finistère nous avaient préparé un très beau temps spirituel, en musique, pour ceux et celles qui souhaitaient y participer. Ce fut un moment très fort. Ci-dessous le texte de Khalil Gibran qui fut lu (extrait du recueil Le prophète) :

« Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit :
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

« Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

« Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie ;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable. »

Nous avons pu ensuite rejoindre d’autres déjistes nantais avaient réservé un délicieux restaurant indien, où nous avons pu continuer à discuter, et rire, avant de nous dire à bientôt !
Un grand merci à toutes et tous pour cette journée dense, riche en émotion et en convivialité et à Isabelle pour avoir préparé ce compte rendu.

Les pensées de Paul et les réflexions de DJ Rennes avec la paroisse de St Augustin

Ce samedi 26 novembre, une nouvelle rencontre, un échange encore enrichi de nos différences comme de nos points communs entre une dizaine de « chevilles ouvrières » de la paroisse Saint-Augustin de Rennes et dix membres de D&J-Rennes.
Après la messe du samedi soir et le partage du pique-nique pour celles et ceux qui le souhaitaient ou le pouvaient, les deux groupes se sont retrouvés pour échanger sur le documentaire « les pensées de Paul » (Pansy Project), de Jean-Baptiste Erreca portant sur le processus artistique de Paul Harfleet.
http://www.bangumi.fr/productions/les-pensees-de-paul/
http://television.telerama.fr/tele/programmes-tv/les-pensees-de-paul,96450928.php
http://www.mk2.com/films/pensees-paul

A la fin du film, quelques propos échangés, subjectivement retranscrits de mémoire :

Le contraste est saisissant entre la violence des actes générés par l’ignorance et la réponse en actes artistiques et d’écoute qu’offre Paul Harfleet, comme une catharsis libérant la parole, expurgeant la souffrance, tuant le refoulement.
Un exutoire. Ce travail artistique montre que c’est du fumier que peuvent sortir les plus belles plantes. A condition d’en sortir, le mal peut transcender le bien, offrant de ne pas céder à la violence par la violence.Colomba della pace

Mais aussi, ce documentaire semble indiquer que les générations qui se suivent, qui se succèdent, sont constamment en « résistance », indépendamment les unes des autres : Si les mathématiques, la science, le savoir (pour ne citer qu’eux) peuvent se transmettre d’une génération à l’autre, la culture, le savoir-vivre, l’empathie sont constamment à recréer pour chaque nouvelle génération.

Le documentaire offre une présentation « soft » de ce qu’est réellement une agression homophobe, au physique comme au psychologique.
L’homophobie trouve aussi sa source, ses racines parmi les plus jeunes, en insultant parfois sans connaître l’étymologie des mots qu’ils prononcent, en jetant des insultes qui peuvent blesser secrètement leur entourage. Une banalisation à combattre par des formations dans les écoles notamment, comme le « Mois de l’autre » en Alsace.

Chrétiens catholiques ou protestants, musulmans et juifs, la présence pesante et délétère des religions est prégnante. Symptomatique, l’ouverture à l’autre provient de religieux homos croyants, engagés pleinement dans leurs institutions respectives pour faire avancer, parfois ensemble, œcuméniquement,, les mentalités et les vraies spiritualités. Le « bon Samaritain », ca ne vous rappelle rien ?… Pourtant les extrêmes textuels de chacun des trois Grands Livres sont placés là par Dieu pour faire, avec et par le cœur, appel aussi à son intelligence.

L’homophobie, c’est aussi, au travers de la peur de la différence de l’autre, la peur de soi-même et de ses propres démons. C’est une explication et non une excuse, mais la sexualité impose pour certains individus un torrent incontrôlable de pulsions et de révulsions.

Les générations précédentes ne nommaient pas l’homosexualité. C’était tout au plus « le vieux gars » du village qui de toutes façons n’était pas « visible » dans cette supposée différence, contrairement aux couples gays actuels en général, et de manière plus vaste aux gays, lesbiennes, trans quels que soient leurs mode de vie : Les jeunes générations actuelles semblent qualifier « d’arrière garde » le combat des droits LGBT, tant cela leur semble aller de soi.

La France a tellement de retard face aux pays nordiques, telle que la Norvège.

Nous avons clôturé la soirée par ce qui nous unis : Une prière, un regard tourné vers Dieu. Puis avec un sentiment commun de plénitude de partage et d’accomplissement dans notre relation réciproque. Donc aussi avec le désir bel et bien formulé de continuer à cheminer ensemble, tant nous avons à nous apporter réciproquement.

Christophe

Partage autour du thème Homosexualité et spiritualité

Comment ai-je vécu, ressenti ma sexualité lorsqu’elle s’est confrontée à ma spiritualité ? Être homo modifie-t-il ma manière de vivre ma spiritualité ? Ma spiritualité influence-t-elle ou a-t-elle influencé mon comportement sexuel ? Autant de question auxquelles nous avons tenté ou non de répondre, mais aussi où nous avons laissé dire et se dire pour partager ces deux points cardinaux que peuvent être la foi et la sexualité…
Chacun a sa lecture, chacun a son écriture de sa vie de femmes et d’hommes. Chacun a un vécu, chacun a une histoire de son homosexualité et toutes et tous nous avons dû un jour débattre avec nous-mêmes de ces deux entités. Homosexualité et spiritualité sont parfois l’envers et le revers d’une même manche que nous avons à gagner sous peine de déchirer l’un et perdre l’autre au milieu de la mêlée. Un côté yin un autre yang, les deux faces d’une pièce de monnaie qu’il est impossible de voir en même temps sans passer son temps à la contempler. L’espace d’un temps chacun de nous s’est posé pour réfléchir et se dire à soi-même et aux autres comment on peut concilier ce qui parfois paraît comme insurmontable.
D’autres s’y sont collés avant nous. Aelred, conseiller du roi d’Angleterre au 12e siècle, le bienheureux gay accepté, reconnu… enfin presque puisque finalement il renoncera à cet amour épanoui dans le corps de l’autre pour ne garder que l’acceptable d’alors dans l’amitié de l’esprit. Michel Ange, l’homosexuel toléré par les grands de la Renaissance mais meurtri par la morale religieuse au point de se figurer dans la chapelle Sixtine en écorché vif ! Verlaine, le torturé qui oscillera entre religion et oubli jusqu’à l’autodestruction. André Gide, l’homosexuel perturbé par le poids de la société et de l’Église et qui finira par la rejeter et Julien Green, homosexuel chrétien et assumé qui à ce propos affirmera ne tenir compte d’aucuns livres si ce n’est des évangiles et dont il dit ceci : « On ne saurait rien conclure d’un silence. On peut, en tout cas, limiter et suspendre son jugement. »
Des exemples il y en d’autres au masculin comme au féminin telle Alexandra David-Néel, l’intrépide voyageuse et sa liberté revendiquée en toute spiritualité tibétaine. Mais dans cette liste pour incomplète qu’elle soit on y trouve tour à tour des torturés, des cachés, des acceptés, des confiants, des distants, des affirmés.
L’échange entre nous tous a révélé chacun de ses traits vécus parfois tour à tour, acceptés ou non, dit ou non dits. « Indifférence » à la morale religieuse, c’est le mot qui est revenu le plus souvent allant jusqu’à changer de chapelle et à le refaire si le besoin en était pour ne pas ou ne plus vivre ou avoir vécu caché voire torturé, allant parfois jusqu’à la contradiction de s’affirmer tout en étant torturé au fond de soi-même.Colomba della pace
Ces parcours, ces contradictions, étonnent celles et ceux qui n’ont pas été biberonés dans les chapelles d’aucune sorte mais ne laissent indifférents. Accepter ce que l’on est dans son corps est source d’un chemin plus ou moins long selon les individus. C’est ce dont nous avons pris conscience en se parlant, mais nous avons aussi réalisé que la religion pouvait parfois le rallonger à l’infini, le rendre plus difficile encore, au point de s’en détourner pour mieux y revenir pris par ce qui fait l’essence même de nos êtres.
Oubli, rejet, indifférence peuvent alors vous envahir, mais c’est oublier que les bases fondamentales de nos fois chrétiennes, quand celle-ci correspond à notre vie spirituelle, sont comme le disait Julien Green « silencieux à ce sujet de l’homosexualité ». Ils sont bien plus que silencieux et chacun s’est retrouvé à le dire, ils sont accueil de toutes et tous dans sa diversité qui sont autant de différences.
Les plaies ont été ouvertes par les dogmes et certains livres érigés comme des paroles qui ne sont celles des évangiles mais des lois humaines périssables et ordinaires. Elles se referment peu à peu mais peuvent à tout moment se rouvrir. Cette réflexion que nous avons engagée doit se poursuivre pour dire aux tenants de ces règles que ce ne sont que des formes des us et des coutumes pour paraphraser une célèbre phrase des évangélistes qui ne sont rien moins que des codes périssables que le Christ a balayé par son amour des hommes.
Le silence fait souvent présence dans ces échanges qui furent intenses et précieux pour chacun d’entre nous. Ils nous ont dits et redits que nous n’avions pas à craindre, pas à nous repentir, pas à douter, encore moins à nous faire pardonner d’être ce que nous sommes, et l’accueil existe certains d’entre nous le vivons en paroisse et dans la vie de chaque jour. Les dogmes n’ont de valeur que celle de la finitude humaine bien loin de celle de Dieu.
Accordons plus de place au message de foi qui nous anime et donnons une place à cette prière que nous avons faite ensemble pour conclure cette rencontre entre des homos et Dieu :
Que la faiblesse, la finitude, le doute et la peur qui traversent nos vies
Nous laissent assoiffés et affamés
Abandonnant nos forces, notre confiance, nos certitudes et nos assurances
Pour confier nos vies à ton amour qui se fait offrande

Jean-Louis

DJ Ouest à Angers sur le thème de l’apocalypse

Voyage annoncé vers l’apocalypse. Apocalypse vous dites ? Rien d’étonnant en ces temps de morosité, de peur et de craintes partagées. Tout va mal et rien ne va bien ! Denis nous l’avait pourtant annoncé avec ses trompettes tout de vent dehors portées par les mails et les invitations à répétition… Nous sommes allées vers l’apocalypse Angevine pour une journée. Finalement c’est assez peu mais c’était au final ni trop ni pas assez mais juste ce qu’il fallait pour nous transporter par delà notre quotidien, parfois pesant et par trop routinier.
Il faut une bonne dose de folie pour s’éclipser une journée, cacher le soleil de nos activités si importantes, masquer la lune de nos jardins secrets. Une quinzaine d’entre nous, venus des groupes de Vendée, de Nantes, de Rennes et du Finistère s’en sont allés vers la douceur angevine, qui n’était pas au rendez vous mais qu’importe ! L’accueil du pasteur protestant nous a donné cette chaleur qui manquait au thermomètre.
Le bruit et la fureur et la fin d’un monde annoncé envahissaient nos têtes toutes chargées de signes et de chiffres à déchiffrés. Des symboles qu’il fallait connaître et reconnaître pour savoir et pour cacher ce côté obscur… de la force qu’il nous fallait acquérir.
Mais le docteur Denis est passé par là. Il avait ausculté pour nous les démons, les anges et tout le firmament d’une littérature ancienne qui survit si facilement aujourd’hui. Tranquillement, simplement, il nous a détricoté ces pensées malsaines qui encombrent parfois les esprits, tiré les diables par la queue de nos égoïsmes. Il nous a appris à lire doucement pour ne pas chasser trop vite nos peurs et que, comme un enfant apeuré au milieu de la nuit, nous prenions doucement le chemin éclairé de la lumière des autres qui ne sont pas dans les apocalypses qu’on se plaît tant à vouloir faire et advenir, cela solutionnerait si facilement tous les problèmes de nos vies ! Il a décodé pour nous les images frelatées du net et d’ailleurs que l’on répand comme une essence par trop volatile et inflammable détruisant les pas difficiles entre ceux qui ne marchent pas ni sur le même chemin ni à la même vitesse des savoirs des croyances et des amours.tentures
Cette apocalypse qui se renouvelle toujours comme l’hydre avec ces 7 têtes rétrécit le monde et nous sécurise en le rendant étroit. Un message qui s’éclaire de quelques feux mais qu’on laisse facilement mourir pour ne laisser qu’une braise incandescente qui incendie et détruit. Ce livre écrit quelque part dans une île grecque ne s’adressait finalement qu’à quelques communautés. Pourtant ne jugeons pas trop vite ce livre de fureur et de destruction, il est né de la souffrance qu’on laisse se répandre si facilement, des oublis qui amènent le désespoir.
Ce moment entre nous fut tout sauf apocalyptique. Il nous a donné de vivre et partager, de réfléchir et de penser à chacune et chacun de celles et ceux qui peuplent nos vies ou devraient les habiter. Nous avons échangé et dit ce que nous avions ressentis et chacune et chacun avec ces mots et ces silences ont contredit la pensée apocalyptique qui, finalement, ne génère qu’enfermement et replis sur soit. Petit vase clos d’un ventre de mère que l’on tente de retrouver toujours… Illusion malsaine qui nous détourne des autres, de celles et ceux qui nous entourent, de celles et ceux qui ont besoin de nous, de nos savoirs, de nos dons. Mais laissons là ce verbiage par trop coléreux et enflammé à son tour pour clore ce discours par un moment de grâce.
Denis, ce guide avisé dans les méandres des livres empoussiérés avait aussi prévu l’image et quelle image ! Les mètres linéaires des tentures de l’apocalypse du château d’Angers aux dimensions apocalyptiques. Tissées sur commande d’un puissant qui voulait montrer sa force à l’envahisseur toujours présent sur le sol de la France d’alors et qu’aujourd’hui on a oublié. Ces tentures ornées de diable de feu et d’eau qui viennent du ciel, de bêtes à 7 têtes, de femmes auxquelles on fait encore et toujours porter les vertus et les vices au milieu d’hommes béats et bien peu courageux ! Mais finalement, cette œuvre tissée par mille mains n’était là que pour montrer sa force à un ennemi qu’on voulait héréditaire, un prétexte fallacieux pour en imposer de sa puissance et de son argent. Oublieux du malheur des hommes qui manquaient alors de pain, d’une maison, de paix. Au-delà de ces messages perdus depuis maintenant 800 ans bientôt, je garderais en moi ces couleurs, le bleu s’opposant au rouge, les visages les regards, une nature luxuriante de détails. Je garderais ces femmes et ces hommes qui ont donné une part de leur vie. Je garderais ces artisans devenant ensemble des artistes pour le plus grand bonheur de nos yeux ébahis, de nos cœurs affermis devant cette merveille. Allez la voir, elle est dans son écrin, dans son château. N’en faites pas une belle au bois dormant, allez y la lire, la découvrir, vous émerveiller, regarder, vous en ressortirez avec ce je ne sais quoi au cœur qui aide à aller un peu plus loin dans nos vies qu’on se plaît parfois à faire morose. Mais n’y allez pas si vous souhaitez y décrypter un code, un numéro magique, un tour de passe-passe, l’annonce imminente d’un drame que dis-je d’une tragédie !
Denis nous l’a bien dit et vous le redira… demandez lui si vous ne me croyiez pas. L’apocalypse n’existe que pour asservir et enfermer, que pour isoler et exiler. Elle ne sert qu’à dresser les hommes les uns contre les autres et à oublier de tendre les mains, à ouvrir les portes, à perdre les clés, à donner pour mieux recevoir. C’est ce que nous a fait notre Denis pendant toute cette journée et toutes celles qu’il a passé à écrire, lire et relire pour nous enchanter.
Mais le final nous l’avons laissé à Dieu ou à ce que chacune ou chacun avait envie d’y mettre ou de n’y mettre rien. L’important était ailleurs il était dans l’être ensemble dans ce temple d’Angers invités à la prière par Denis et Isabelle. Un instant de grâce de plénitude où le silence s’est installé dans nos têtes bien remplies, foisonnantes de ces livres de ces images de tout ce que l’on avait envie de dire de crier et qui finissent par prendre trop de place pour en laisser suffisamment à l’autre. C’est ce que nous a donné ce moment de prière ensemble, croyants ou non.

Jean-Louis